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3. L’immunité contre le coronavirus SARS-CoV-2

Épisode 3 : la recherche contre-attaque


Depuis quelques semaines, l’actualité scientifique bat son plein. Les laboratoires annoncent les uns derrières les autres les résultats intermédiaires de leurs études sur la vaccination contre la Covid-19. Si cette émulation peut effrayer certains, il est important d’en clarifier les enjeux et d’exposer les mesures exceptionnelles mises en place pour permettre une sortie de crise rapide tout en assurant une sécurité sanitaire maximale.


Séquençage et stratégie

La Covid-19 est une maladie apparue depuis seulement quelques mois. Là où il faut des dizaines d’années pour décrire une maladie, en comprendre ses mécanismes physiopathologiques afin de déterminer des cibles de recherche thérapeutique, la concentration des moyens scientifiques au début de la pandémie a permis la découverte d’éléments primordiaux en un temps record.


Dès janvier 2020, plusieurs équipes dans le monde dont l’Institut Pasteur de Lille publiaient le séquençage du génome. Celui-ci n’a pas permis la découverte rapide d’un traitement. C’est un fait. C’est aussi grâce à ces données qu’il est apparu évident qu’il ne fallait pas viser seulement une stratégie curative, tant la physiopathologie est complexe et pour le moment non prévisible. Aujourd’hui, devant les résultats annoncés, ce choix semble payant.


La sécurité des vaccins

Si nous sommes tous pressés de sortir de cette crise sanitaire, beaucoup se posent la question de la sécurité de ces vaccins développés en quelques mois seulement.

Il n’aura fallu que 6 mois entre le début de l’épidémie et la mise en place des essais de phase III. Alors que l’argument fort de la sécurité vaccinale repose sur des durées de développement s’étalant sur plusieurs années avant l’autorisation de mise sur le marché, il est aujourd’hui demandé de donner sa confiance les yeux fermés à de nouvelles technologies encore en cours de développement. Le message étant bien passé, chacun s’inquiète du manque de recul sur ces spécialités.


C’était sans compter l’avance prise par la recherche, en silence…


17 années de recherche

Tout d’abord, les progrès scientifiques en immunologie et en virologie (des domaines qui n’attirent ni financements ni lumières) ont permis le séquençage du génome du Coronavirus SARS-Cov-2, c’est-à-dire le déchiffrage de son code génétique. On a alors pu caractériser sa composition, et donc comprendre son fonctionnement.


Si le grand public découvre seulement les technologies innovantes des vaccins génétiques, des vecteurs et autres protéines recombinantes, celles-ci animent le quotidien des laboratoires de vaccinologie depuis 2003 et la première épidémie de SARS en Chine. Cela fait donc 17 ans que la recherche se prépare pour faire face à une telle catastrophe sanitaire. Un long temps fût donc alloué aux études in vitro et aux essais sur l’animal. Ce n’est donc ni un hasard, ni une chance, si les laboratoires sortent rapidement des vaccins dont les maquettes hibernent patiemment en attendant de connaître leur cible.


La crise sanitaire arrivant, les moyens humains, logistiques et financiers se sont concentrés sur la Covid-19. Et c’est finalement après des délais de développement assez classiques de plus de 10 ans, que les phases expérimentales sur l’humain ont pu commencer.


Mais quel est l’objectif de ce vaccin et qui doit être vacciné ?

Sommes-nous tous concernés ?

Lorsqu’un investigateur (par exemple un laboratoire pharmaceutique) mène une étude, il établit un objectif principal et un ou des objectifs(s) secondaires. Il est donc primordial de bien cibler cet objectif principal. Et pour cela, il faut comprendre la caractéristique de cette épidémie qui la différencie des épidémies de grippe saisonnière, des pandémies grippales dites espagnole et de Hong Kong et des 2 précédentes épidémies de coronavirus (SARS Cov en 2003 en Chine et MERS Cov en 2012 dans la péninsule arabique).


Contagiosité

Tout d’abord une contagiosité plus importante. Le R0 est le taux de reproductivité du virus, c’est-à-dire le nombre de personnes que contamine directement une personne infectée. Ceci est une moyenne, bien évidemment, on ne contamine pas une personne au tiers ou à moitié ! Celui du coronavirus qui sévit actuellement est de 2.3 à 2.6, voire même 3.3 selon certains chercheurs de Hong Kong,

  • Grippe saisonnière : 1,3

  • SRAS (2003-2004) : 2-4

  • Mers (2012) : 2-5 (les premières estimations parfois encore retenues étaient inférieures à 1)

  • Rougeole : 12-18

La contagiosité de Covid-19 est donc supérieure à celle de la grippe, similaire à celle du SRAS ou du Mers et très inférieure à la rougeole (qui pour la petite histoire anéantit en quelques semaines une grande partie de la famille de Louis XIV…aujourd’hui heureusement, la vaccination existe !)

La rougeole anéantit une grande partie de la famille de Louis XIV


Formes sévères

Mais le monde est-il en sommeil à cause d’un rhume ? Non, c’est à cause des formes sévères. Il s’agit de 20% des infections. Et la grande spécificité de cette maladie, est la durée de ces formes sévères : les séjours en réanimation durent en moyenne 3 semaines pour la covid-19, alors qu’ils sont de l’ordre de la semaine pour la grippe. Les réanimations s’engorgent, et il n’y a plus suffisamment de place pour les patients habituels : prise en charge post-opératoire de chirurgie cardiaque ou de cancers invasifs, accidents de la route avec polytraumatismes, infarctus massifs, accidents vasculaires cérébraux, comas liés à une intoxication ou un traumatisme crânien…la liste n’est pas exhaustive et la vie fait que nous pouvons tous en avoir besoin, pour nous-mêmes ou pour nos proches. Alors quand les réanimations se remplissent sans cesse, il faut annuler ces grosses opérations, il faut limiter les activités et le trafic automobile… S’il n’y a plus de formes sévères, la vie pourra reprendre son cours. L’objectif principal est donc l’absence de formes sévères.


Les formes sévères atteignent certes les personnes vulnérables, mais peuvent également toucher des personnes en bonne santé. Si le pronostic vital avec les moyens techniques de réanimations sont tout de même favorables, il n’est pas souhaitable à 20, 30 ou 40 ans (ni même plus tard) d’être essoufflé au moindre effort depuis que l'on a attrapé le coronavirus et que l’on est guéri depuis plusieurs mois.

Aujourd’hui, nous constatons des séquelles irréversibles chez des personnes qui auparavant étaient en bonne santé.

Au quotidien cela veut dire moins de loisirs sportifs, plus de fatigue et pas de dancefloor quand les discothèques pourront ouvrir leurs portes.


Au prochain épisode

Nous sommes donc tous concernés par la vaccination.

Pfizer, Moderna, Astrazeneca, Sanofi… quelle technologie vaccinale pour quel laboratoire ? Pourra-t-on choisir son vaccin ? En pratique, comment la vaccination va se passer ? De nombreuses discussions sont en cours et certaines réponses seront à n’en pas douter dans le prochain épisode…


Bibliographie 



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